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Youssef Chahed: «La Tunisie n’est pas moins sûre que l’Europe»

À l’occasion de sa visite en France, Youssef Chahed, le premier ministre a accordé un interview au Figaro et a répondu aux questions de Maryline Dumas qui ont  touché des thèmes divers concernant  les relations  tuniso-française ,la situation economique,le terrorisme ,  nouveau parti Tahya Tounès et  s’ il a l intention d être candidat aux élections présidentielles et voici le texte intégral de l interview꞉

. – Comment abordez-vous cette visite officielle en France?

Youssef CHAHED. – Notre longue histoire commune, nos populations emmêlées et les valeurs partagées sont le gage de nos excellentes relations. La France est notre premier partenaire économique. Nous souhaitons aujourd’hui aller vers une approche de codéveloppement. Lors de la visite du président Macron (en janvier 2018, NDLR), nous avons parlé de partenariat d’exception. Il faut penser d’avantage en termes d’espace euro-méditerranéen et de compétitivité globale tuniso-française. Une délocalisation partielle ou de proximité d’une entreprise européenne ou française en Tunisie permet d’affronter la concurrence internationale, notamment asiatique, féroce, et permet in fine de pérenniser des emplois en Europe. Un emploi créé en Tunisie peut être un emploi sauvé en France.

Où en est l’économie tunisienne?

Nous avons fait face à un contexte national et régional difficile avec la crise en Libye, à trois attaques terroristes en 2015… Quand nous sommes arrivés en 2016, la croissance marchande était autour de 0,6 %. Aujourd’hui, elle est autour de 2,8 %. Nous avions des secteurs totalement sinistrés comme le textile – je vais d’ailleurs, aujourd’hui, visiter le salon de l’industrie textile de Villepinte. En 2018, nous étions le pays qui a gagné la plus grande part de marché dans ce secteur au sein de l’Union européenne. Il reste, bien évidemment, des défis à relever, notamment sur l’inflation, la balance commerciale… Le tourisme est également un secteur qui repart.

Vous avez nommé, en novembre, un ministre du Tourisme au profil atypique: un professionnel du secteur de confession juive .Est-ce une nouvelle stratégie?

Nous avons eu une augmentation de 38 % des touristes français en 2018. Nous tablons sur 9 millions de touristes en 2019, un niveau qui dépasserait celui de 2010 (avant la révolution, NDLR). La Tunisie ne doit pas rester dans le modèle du «all inclusive» peu générateur de devises. La diversification du produit et la valorisation du patrimoine culturel – nous avons plus de 30.000 sites – sont importantes. Par exemple, les Français connaissent Carthage mais pas Utique, qui est l’une des plus anciennes villes de Méditerranée occidentale. Concernant René Trabelsi, le ministre du Tourisme, le fait qu’il soit juif n’avait rien à voir avec sa nomination. C’est un Tunisien comme les autres. Des personnes qui ont réussi dans le privé peuvent apporter leur expérience dans le secteur public.

 La Tunisie en a-t-elle fini avec le terrorisme?

Aujourd’hui, la Tunisie n’est pas moins sûre qu’un pays européen. Nous avons fait un effort exceptionnel. Quinze pour cent du budget sont destinés aux ministères de l’Intérieur et de la Défense. Ces dépenses sont nécessaires, mais elles se font aux dépens d’autres dépenses comme la création d’emplois, le développement régional… Nous essayons de le faire comprendre aux bailleurs de fonds. La menace terroriste découle du fait que nous sommes désormais une démocratie. Nous avons développé une expertise avancée en matière de lutte contre les groupes terroristes, mais nous avons encore besoin de coopération, notamment en matière d’équipements et de technologies.

On vous dit en froid avec le président Béji Caïd Essebsi, qu’en est-il?

Le président est un homme d’État. Je traite avec lui dans le respect de la Constitution. Les relations ont pu être compliquées par moments, mais ce fut au niveau des institutions et non pas des personnes. Et on vous présente comme le nouvel allié du parti islamique Ennahdha… Ce n’est pas moi qui ai amené Ennahdha au pouvoir. Je suis arrivé à la tête du gouvernement d’union nationale sous les auspices d’accords parrainés par le président de la République. Moi, je gère les affaires du pays.

Vos soutiens ont lancé le nouveau parti Tahya Tounès («vive la Tunisie»). Serez-vous candidat aux législatives ou à la présidentielle en fin d’année?

Tahya Tounes a pour objectif de soutenir les réformes du gouvernement et de construire une nouvelle offre politique qui peut redonner espoir aux Tunisiens désabusés. Je me félicite de cette dynamique que je suis de près. Concernant les élections, ma première ambition est de réussir à les organiser, comme nous l’avons fait pour les municipales (en mai dernier, NDLR). Ce sont des échéances importantes pour une jeune démocratie

. Mais allez-vous être candidat?

Je n’y pense pas tous les jours en me rasant le matin…

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