Non classifié(e)

Allocution de M Samir Majoul Président de l’UTIC à l’ouverture de la cinquième assemblée générale du réseau syndical pour les migrations Méditerranéennes subsahariennes (RSMMS)

Il m’est agréable de participer aujourd’hui à cette séance d’ouverture de la cinquième assemblée générale du réseau syndical pour les migrations  Méditerranéennes  subsahariennes RSMMS, je remercie l’UGTT   pour cette  invitation et pour l’accueil qui nous a été réservé.

La réunion d’aujourd’hui aborde l’un des sujets les plus importants de l’agenda du dialogue euro-méditerranéen avec  sa dimension sociale, son contenu économique, son poids politique, et aussi avec ce qu’il représente en terme de  défis régionaux qui regroupent à la fois des dimensions  sécuritaires, des implications en terme de droits de l’homme, des facteurs économiques nécessaires au développement de la production et à la création de la valeur ajoutée.

En tant que représentant du secteur privé, je voudrais évoquer la nécessité de distinguer la migration de travail, qui devrait être abordée au sein  du dialogue social tripartite entre les partenaires sociaux et les gouvernements, de la migration de l’asile, qui est généralement conjoncturelle, involontaire et liée à des aléas telle que les guerres, les catastrophes et d’autres raisons politiques, et qui fait l’objet  de débat politique et de dialogue sociétal.

Nous réservons au sein des organisations d’employeurs une attention particulière  à la migration économique dans les deux sens et à la considérer comme l’un des facteurs de la croissance économique mondiale, une migration qui répond aux besoins des entreprises en terme de force de travail  surtout  pour certains types de pénurie de main-d’œuvre sur le marché du travail. Nous considérons que l’inclusion de la main-d’œuvre expatriée dans les mêmes normes du travail et la même législation que celle appliquée à ses homologues locales est l’une des formes les plus importantes d’égalité et de non-discrimination dans l’emploi.

Mesdames et Messieurs,

Depuis une soixantaine d’années la  Tunisie a été un pays exclusivement pourvoyeur de main d’œuvre  et sa politique en matière d’immigration consistait à apporter un encadrement et un appui  aux travailleurs tunisiens à l’étranger et à réglementer la migration de la main-d’œuvre par le biais d’institutions de coopération technique avec les pays d’accueil dans le cadre de contrats et d’accords d’immigration organisés. Aujourd’hui, alors que la nature des flux migratoires change, nous avons trois nouvelles catégories de population migrante :

·        je commencerai par le mouvement d’immigration naissant à travers des flux migratoires entrants  en provenance des pays d’Afrique subsaharienne qui offrent aux entreprises tunisiennes d’importantes opportunités pour bénéficier d’une offre de travail adaptée dans divers secteurs, notamment la construction, les travaux publics, l’agriculture et diverses activités de services.

·        La deuxième catégorie concerne le phénomène récent  de fuite des cerveaux qui s’amplifie et affecte de nombreux domaines scientifiques et professionnels, notamment les médecins et les professeurs d’université, ce qui constitue une véritable inquiétude non seulement pour les entreprises, mais surtout pour le service public,  particulièrement dans les domaines de  la santé publique et de l’enseignement supérieur.

·        Et enfin je citerai la croissance du mouvement d’immigration clandestine, en particulier dans le cadre de la migration de transit, avec tout ce qu’il provoque comme  tragédies et  catastrophes humanitaires et ce qu’il pose comme  problèmes sécuritaires.

Ce nouveau paysage migratoire impute de nouveaux éléments pour la politique  socioéconomique et exige le développement d’une stratégie migratoire qui prend en compte tous ces aspects.

Cette stratégie qui tarde à être adoptée et mise en œuvre malgré le dialogue tripartite développé depuis 2014 dans le cadre d’un projet avec le BIT.

Nous suggérons que cette stratégie adopte  de nouveaux mécanismes en termes de gouvernance et de réactivité tout en respectant les normes internationales du travail. Une ouverture sur une migration d’accueil répondant aux besoins de notre économie est une nécessité pour pouvoir encadrer, réglementer et maitriser les flux migratoires entrants et aussi pour faire de la migration un levier de croissance et de bien être social à travers des voies légales, des systèmes souples d’autorisation et de permis de travail, et des agences d’emploi publiques et privées  respectant la loi et les normes du BIT en terme de  FAIR RECRUITMENT .

Nous espérons que la stratégie nationale de la migration puisse améliorer l’encadrement de la diaspora tunisienne surtout les nouvelles générations de jeunes entrepreneurs, de startuppeurs qui représentent un modèle de succès , des potentiels d’intégration et de partenariat économique , contribuant ainsi au développement des exportations et  a l’attraction des IDE. Des initiatives de renforcer le droit d’association de cette catégorie de migrants, leur intégration dans les structures professionnelles et associatives des pays d’accueil et le développement de passerelles avec les structures professionnelles nationales constituent aujourd’hui un axe essentiel du programme d’activité de l’UTICA à l’international.

Mesdames et messieurs,

Les mouvements de circulation de personnes ne peuvent être dissociés des mouvements commerciaux de marchandises et des mouvements financiers de capitaux et d’investissement. Les accords régionaux et les traités d’association ou d’intégration doivent inclure les trois types de mouvement dans leur agenda. Nous devons tous garder à l’esprit que retenir les populations dans leurs régions passe obligatoirement à travers des modèles de développement économique de la région en question, il est de notre responsabilité partagée organisations d’employeurs et de travailleurs, gouvernements et organisations régionales et internationales de renforcer les programmes de développement et améliorer l’environnement de l’investissement dans les zones défavorisées qui ne disposent malheureusement que du seul choix de la migration.

Quand nous regardons la photo choquante de la noyade d’Oscar Martinez Ramirez et sa fille sur la rive du Rio Grandé, nous sentons que quelque part il y a quelque chose qui va mal dans le modèle mondial. Ce qui arrive au Salvador peut arriver dans tout autre pays, y compris le notre, quand le système socioéconomique n’arrive pas à développer les mécanismes d’investissement et de création d’entreprises et d’emplois.

Je souhaite plein succes à vos travaux et à votre réseau qui devrait évoluer vers une plateforme de dialogue bipartite ente syndicats de travailleurs et d’employeurs pour servir de force de proposition.

Show More

Related Articles

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Close